MUSIQUE ET FOLKLORE DE LA GUYANE

De tous temps en Guyane comme aux Antilles, la musique a d'abord servi à accompagner les danses. Le folklore guyanais repose sur trois cultures : la culture indienne, la culture européenne et surtout la culture africaine. A la fin de leurs longues journées de travail sur les plantations, les esclaves avaient pour habitude et pour seule détente ces danses syncopées au son des tambours. Aujourd'hui, ces danses et ces musiques à base de percussion restent le témoignage de cette époque.

LE FOLKLORE GUYANAIS

Essentiellement contitué de danses locales, le folklore guyanais ne date pas d'aujourd'hui. Ainsi, les premières représentations du groupe "Buisson Ardent" datent de 1940. Le folklore guyanais est marqué par le mélange des civilisations et des races qui ont peuplé ce pays et qui l'habitent aujourd'hui. Cependant, l'Afrique revient chaque fois comme un dénominateur commun. La prépondérance de cet apport africain est la conséquence naturelle de l'esclavage et de l'arrivée des noirs d'Afrique sur ces terres d'Amérique.

La vie dans les plantations, les relations colons-esclaves sont la trame de tous les chants, de toutes les danses. La place la plus importante est réservée aux percussions, aux tambours et aux "ti-bois". Les mélodies restent le plus souvent très simples. C'est le rythme dicté par les tambours qui importe . Auparavan,t tous les actes de la vie se réalisaient en chantant. C'était le support qui facilitait les tâches. La radio et plus encore la télévision, étaient absentes. Le ménage, la lessive, la cuisine, la couture, la fabrication du couac (farine de manioc) se faisaient en chantant Les moments de joie ou de tristesse étaient ainsi transcrits dans les chants. Des chants qui sont en fait de véritables dialogues entre le soliste et les choeurs, entre les chanteurs et les tambours, mais aussi entre les spectateurs et les danseurs. Il faut rappeler ici que la voix du chanteur ou de la chanteuse, souvent "rocailleuse", n'est pas l'élément le plus important. Son rôle est davantage d'animer et d'exacerber le rôle des percussions et des tambours.

LES DANSES GUYANAISES

Le Gragé : Ce n'est autre chose qu'une valse transformée. Les trois temps sont nettement définis par deux tambours. Le premier frappe les deux premières mesures et le second accentue la cadence. Le gragé ouvre toutes les danses créoles comme la valse dans les danses françaises, avec cette différence que les partenaires dansent séparément, mais toujours par couple.

Les Rôles : On peut comparer cette danse dans toutes ses parties à un quadrille. Comme ce dernier, elle comprend cinq figures. Chaque figure est dansée par quatre et même huit couples. Les tambours jouent le rôle principal dans cette danse. C'est à ses appels que les danseurs marquent le pas dans des entrechats, sauts légers pendants lesquels les pieds des danseurs s'entrechoquent plusieurs fois avant de toucher le sol. C'est là tout le charme. Un chacha (hochet), que manie habilement le chanteur, donne la cadence.

Le Camougué : C'est une sorte de bourrée d'Auvergne. La danseuse est placée en face du danseur. Tous deux exécutent les pas en s'approchant et en s'éloignant au rythme d'un long tambour sur lequel s'assied le batteur. Un accompagnateur, à l'aide de deux baguettes, frappe sur l'arrière du tambour pour marquer la mesure à quatre temps.

Le Caladia : C'est une danse sautillante qui tient du gragé et du kassé-kô. Le Diouba : C'est un camougué qui` se danse sur place avec cette différence qu'il est accompagné des tambours du gragé.

Le Kassé-Kô : Cette danse trouve son nom dans le fait que les corps semblent se casser dans l'excitation des cadences des tambours. Souvent dansée en fin de soirée, elle est d'abord expression de joie, de défoulement extrême où chacun peut s'exprimer. Ici l' improvisation est reine et l' émotion dicte le rythme. I1 n'est pas important d'avoir appris à danser : il suffit de se laisser envahir par le son des tambours. Tout au long de la nuit, chants et rythmes des tambours s'enchaînaient inlassablement : chants qui racontent l'esclavage, mais aussi la vie de tous les jours dans la campagne guyanaise au début du siècle: les filles qui veulent aller à la ville, ou voir ailleurs si la mer est bleue, celles qui veulent se mettre en ménage, celles qui chantent les louanges de leur "homme" et celles qui pleurent de n'être bonnes qu'aux travaux des champs.

Chants entrecoupés d'ordres aux tambours, aux danseurs : "changez de position" "jeunesse amizé sans faché". Et puis aussi les chants plus proches de la vie de tous les jours, ceux qui abordent les thèmes de la mort "si mo tombé si mo decedé" ou de l'amour et de l'érotisme "bagag la gros i dangereux" "pa mete la main en bagage laé!..." Les chanteuses chantent, les choeurs répondent, les tambours s'affolent, le rhum coule, les petits matins ne répondent plus de rien. Les nuits de kasse-kô chez Man' Serotte démarrent avant minuit et s'achèvent au petit matin à l'heure du petit déjeuner ou du blaff (court-bouillon de poisson roche pimenté, réconfortant et tonique servi le matin et plus particulièrement en période de carnaval en guise de petit déjeuner).

Les tambours du folKlore guyanais - ambou Grace : C'est un tambourin. I1 peut y avoir plusieurs tambours pour fouler le morceau (accompagnement), mais un seul pour le couper (meneur et orchestreur). Tambou kassé-Kô : Les tambours sont de petits tonneaux surmontés de peaux de bêtes bien tirées. Pour former un orchestre, il doit y avoir deux fouleurs, toujours un seul coupeur et un batteur pour la banquette ti-bois. Tambou Camougué : Un tambour long, un tambour court qui sont faits dans du bois creux. Le petit tonneau peut servir pour tout (battre les ti-bois). De la même manière qu'elle permettait à l'esclave de se libérer de sa condition, la danse du kassé-kô permet aujourd'hui au danseur de se libérer des contraintes de la vie quotidienne.

Ce même kassé-kô qui se dansait dans les plantations permet aujourd'hui aux guyanais, jeunes et moins jeunes, de refuser cette nouvelle société qui arrive et qui les submerge pour se réfugier, l'espace d'une danse, l'espace d'une nuit dans ce qui est la Guyane immortelle, celle des bois et des fleuves, celle de leurs racines et de leurs ancêtres. En ce sens, on peut dire de ce folklore que défendent Madame Serotte et "Le Buisson Ardent" qu'il a une véritable vertu thérapeutique ,un remède capable d'apaiser les plus grandes révoltes, les plus grands désarrois.

In Guiana like in the West Indies, at first, music was used just to accompany the dances. The Guianese folklore lies in three different cultures: the Indian culture, the European culture but mainly the African culture. After long days of hard work in the plantations, the slaves used to do syncopated dances to the rhythm of drums; this was their only method of relaxation. These dances and music composed with percussion remain till today the most expressive testimony of this period.

GUIANESE FOLKLORE

Guiana folk tradition is based on a mix of Indian, European, and mostly African culture. Life in the sugarcane fields, or the relationship between master and slave are the theme of most traditional songs and dances, where percussion has the prime of place, with drums and ’ti-bois‘. The melodies are very simple, what counts is the tempo given by the drums. Before the times of radio and TV, songs punctuated the tasks of everyday life-cleaning, washing, cooking, sewing, the making of couac (cassava flour). They were also a means to express moments of joy or affliction. These songs are actually dialogues between the chorus, lead singer, drums, as well as the dancers and the audience. The singer‘s voice is not important: he is there to lead the music and dance, and emphasize the drums.

THE DRUMS

In a band, there are two or several ”fouleurs“ (fullers) as backing drums, one ”coupeur“ who leads the songs, drums and dancers and a ”batteur“ (hitter) who hits the ”ti-bois“ long drum with two sticks. The drums used are the grace (a tambourine), the kassé-kô (made of a small barrel with tightly stretched animal skin), the camougue (a long and a short drum cut in hollow wood) and the ti-bois.

THE DANCES

Gragé opens Creole dance nights as did the waltz, from which it is derived, in French ballroom dancing. Dancers dance in pairs, but apart from each other. One drum marks the two first beats, while another stresses the pulsation. Roles, like French quadrille, comprises five figures, and each figure is danced by 4 or 8 couples. Drums play the main role and command the dancers‘ steps and ”entrechats“ (where dancers jump and hit their feet together once or twice before hitting the ground). The singer shakes a chacha (rattle) to give the tempo.

Camougue is akin to the French bourrée from the Auvergne region. The dancers face each other. They come closer and move back according to the rhythm of a big drum on which the drummer is seated. Another musician hits the back of the drum with two sticks to mark the four beats. Caladia is a dance with jumps somewhere between gragé and kassé-kô. Kassé-kô is wild and joyful, usually danced late at night. There are no precise steps. Dancers follow the driving of the drums and let go, freely expressing themselves. Singing and dancing go on all night long. The songs tell of the days of slavery and country life in the early century (girls who want to go to town, or marry, or sing their men's praise) also of death, love and sex. They are interrupted by commands to the drums or the dancers : ”change position“, ”have fun, don’t fight“.

The singers sing, the chorus answers, the drums throb, rum flows, and dawn arrives... kassé-kô nights at Mme Serotte start just before midnight and end in the early morning, for a traditional breakfast of blaff (a spicy fish stew, comforting and nourishing, served as breakfast in the morning, especially during the Carnival) Just as in the days of slavery, the kassé-kô dance allows people to forget the worries of daily life, to ignore the emerging constrains of a modern society and to take refuge during a dance, in their everlasting Guiana : that of green woods and serene rivers, that of their roots and ancestors. It plays a therapeutic role by bringing a soothing balm to remedy their worries.